L’histoire oubliée de la Marina Bathing Pool de Ramsgate
Il fut un temps où se baigner en ville n’avait rien d’exceptionnel. Pas besoin de prendre la voiture, de réserver un billet de train ou de partir en week-end : l’eau faisait partie du quotidien urbain, au même titre que le marché ou le parc du quartier.
L’histoire de la Marina Bathing Pool de Ramsgate, dans le sud de l’Angleterre, illustre parfaitement cette époque révolue — et pose une question qui résonne fort aujourd’hui, alors que nos villes suffoquent sous les vagues de chaleur : et si nous avions fait fausse route ?
Un lieu de vie pour des milliers de familles Inaugurée le 21 juillet 1935, la Marina Bathing Pool n’était pas une simple piscine mais un véritable complexe de loisirs aquatiques construit à flanc de falaise, en contrebas du front de mer.
Le bassin principal mesurait 250 par 90 pieds et pouvait contenir jusqu’à 760 000 litres d’eau de mer filtrée. L’infrastructure comprenait plusieurs équipements pensés pour un usage collectif intensif : des vestiaires pour 1 700 personnes, des plateformes de plongeon utilisées lors de compétitions internationales, des cafés avec terrasses surplombant le bassin, et un lac de canotage attenant où l’on pouvait aussi s’initier à la voile .
Le week-end, en haute saison, jusqu’à 5 000 personnes franchissaient les tourniquets d’entrée en une seule journée, pour assister à des compétitions de water-polo, des concours de plongeon ou des parades balnéaires.
La fin d’une époque : la maintenance et le tourisme de masse
La fin de la Marina Bathing Pool tient à la conjonction de plusieurs facteurs. D’abord un problème technique, l’armature métallique du bâtiment a fini par rouiller et fissurer la structure au fil des décennies.
En 1975, le conseil municipal a obtenu un devis de réparation d’environ 63 000 livres de l’époque, soit plus de 780 000 livres actuelles. Face à cette facture, la municipalité a fait un choix révélateur de son époque : ne pas réparer.
L’essor du tourisme de masse vers l’Espagne et la Grèce, avec des vacances organisées et un soleil garanti, avait fait chuter la fréquentation des piscines britanniques. Fermée en 1975, remplie de gravats, la piscine a été démolie en 1988 pour laisser place à un parking.
Cette fermeture raconte un basculement dans notre façon de penser la ville : d’un urbanisme centré sur les usages sociaux et collectifs, on est passé à un urbanisme organisé autour de la voiture.

Réintroduire l’eau face au réchauffement des villes
Le paradoxe, c’est qu’au moment même où ces piscines disparaissaient, personne n’anticipait que l’eau redeviendrait un enjeu majeur de l’adaptation climatique urbaine.
Les recherches sur les îlots de chaleur sont pourtant sans ambiguïté : les plans d’eau contribuent significativement au rafraîchissement urbain grâce à l’évaporation et à leur capacité thermique, créant de véritables îlots de fraîcheur pouvant réduire la température locale de 1 à 2 °C.
La Commission européenne recommande d’ailleurs l’introduction de fontaines et de points d’eau dans l’espace public comme mesure d’adaptation à la chaleur extrême.
Signe que la roue tourne, un projet est aujourd’hui à l’étude près de Ramsgate pour restaurer un lido transformé en parking et permettre à nouveau la baignade en mer toute l’année, la preuve que ce modèle d’urbanisme du passé pourrait bien redevenir celui de demain.



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