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Bonjour,
Le secteur du bâtiment pèse à lui seul 50 % des matières premières mondiales et 45 % de la consommation d’énergie en France.
Des chiffres que l’on remet en perspective avec Juliette Lefebure, directrice de l’Observatoire de l’Immobilier Durable (OID).
Cette association fédère depuis 2012 les 150 acteurs de la filière immobilière autour de la transition durable. Avant d’en devenir la représentante, Juliette a passé sa carrière à accompagner la transformation des organisations, publiques comme privées, avec un dernier poste chez AXA Investment Managers où elle pilotait l’investissement responsable sur les actifs réels.
Dans cet épisode, elle prend le temps de poser chaque sujet dans son contexte plutôt que de trancher dans le vif, que se soit concernant les arbres, la climatisation ou le patrimoine ancien face aux nouvelles contraintes climatiques .
Avec Juliette, nous avons parlé de :
- Son passage du monde de l’entreprise à celui du collectif,
- De la difficulté à sortir des silos entre carbone, biodiversité et eau,
- De la charte d’engagement pour l’adaptation lancée par l’OID,
- De la place du végétal dans les projets immobiliers,
- Du pavillon consacré à la résilience climatique que l’association anime au SIBCA cette année.
Bonne écoute !
Du grand groupe au collectif d’une filière spécialisé dans l’immobilier
Chez AXA Investment Managers, Juliette intégrait de nouveaux critères de décision dans les pratiques d’investissement sur l’immobilier et les infrastructures : former les équipes, créer des outils, faire du carbone un critère à part entière, sans s’y limiter.
Rejoindre l’OID, c’est selon elle une façon de démultiplier son impact et de se mettre au service de toute la filière plutôt que d’une seule entreprise. Un changement d’univers, dit-elle, mais pas une rupture totale : dans les grands groupes déjà, les équipes RSE participent à des groupes de travail collectifs où les plus gros acteurs jouent un rôle de locomotive pour le reste de la filière.
Un secteur qui progresse, mais encore par silos
Depuis quinze ans, Juliette a vu la compréhension des enjeux progresser, portée par la réglementation et les exigences des investisseurs. Mais cette progression reste inégale : très forte sur l’énergie et le carbone, beaucoup plus lente sur la biodiversité et l’eau, des sujets plus complexes à mesurer et donc plus difficiles à défendre auprès d’une direction.
Elle raconte l’exemple de bailleurs sociaux qui ont massivement isolé leur parc pour réduire les consommations énergétiques, sans intégrer en parallèle les enjeux d’adaptation à la chaleur.
Aujourd’hui, ils devraient réinvestir pour réajuster le tir, mais malheureusement, ils n’en ont plus la capacité financière. La leçon qu’elle en tire : anticiper les interactions entre sujets dès la planification coûte toujours moins cher que réparer après coup.
Ne pas se préoccuper de ce qui se passera demain. C’est finalement avoir quasiment la certitude que demain, les actifs ne seront plus adaptés ni aux besoins des usagers.
L’immobilier, sortir des silos pour penser en système
C’est le fil rouge du travail actuel de l’OID : climat, biodiversité, eau et sols fonctionnent en interdépendance, et agir sur l’un sans regarder les autres peut faire plus de mal que de bien.
Végétaliser avec des espèces mal adaptées au climat local, c’est parfois consommer de l’eau dans un territoire qui en manque déjà. Installer de la climatisation sans penser aux îlots de chaleur, c’est reporter le problème sur les voisins qui n’ont pas les moyens de s’équiper.
Pour accompagner cette montée en compétences, l’OID a construit plusieurs outils très concrets : la Fresque de l’immobilier durable pour faire dialoguer les métiers entre eux, un baromètre de la biodiversité, des parcours de formation par métier, et des guides méthodologiques avec des exemples d’actions.
Le patrimoine et les arbres : sortir des postures tranchées
Sur les levées de boucliers autour d’arbres matures abattus pour construire, Juliette refuse de trancher dans l’absolu. Préserver la biodiversité existante doit rester la priorité chaque fois que c’est possible, mais certaines contraintes, comme le risque incendie en période de sécheresse, viennent parfois contredire cette logique.
Même chose pour le patrimoine bâti ancien, conçu pour un climat qui n’existe plus : le protéger a du sens, mais pas au prix de bâtiments inadaptés aux usagers de demain. Sa boussole reste la même : se poser la question de ce qui est réellement le mieux pour cet actif précis, dans ce territoire précis, plutôt que d’appliquer une règle générale.
La charte d’adaptation et le SIBCA (salon de l’immobilier bas carbone)
Au pavillon de la résilience climatique du SIBCA, l’OID réunit pendant trois jours experts, académiques et opérationnels autour des îlots de chaleur urbains, des contraintes liées à l’eau, de la sobriété comme levier d’adaptation, et du lancement d’un prix de la biodiversité pour valoriser les projets qui apportent de vraies réponses.
L’association y mettra aussi en avant sa charte d’engagement pour l’adaptation, lancée il y a près d’un an et construite autour de trois engagements : mesurer les risques et agir progressivement, former ses équipes et ses parties prenantes, et partager ses retours d’expérience pour que toute la filière avance plus vite.
Comme le résume Juliette :
On ne gagne pas seul dans un monde qui perd.
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