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“je suis urbaniste, voilà, c’est tout”
Voilà comment se présente Sylvain Grisot. Il est urbaniste, essayiste et fondateur de l’agence de conseil Dixit.net. Après un parcours atypique, Sciences Po, anthropologie, chef de projet web, puis une reconversion vers l’urbanisme autour de 30 ans. Il exerce à Mayotte, à Lille, puis à Nantes avant de créer sa structure en 2015.
Depuis plus de 20 ans, il accompagne acteurs publics et privés confrontés à des enjeux de transformation d’espaces urbains : friches industrielles, hôpitaux qui déménagent, usines qui ferment. Son travail porte sur l’alignement des pratiques de fabrique de la ville avec les limites planétaires.
Auteur de plusieurs ouvrages dont Manifeste pour un urbanisme circulaire (2020) et Réparons la ville (avec Christine Lecomte), il publie également la newsletter Dixit depuis 2019 et prépare actuellement une thèse sur le Zéro Artificialisation Nette.
L’urbanisme circulaire : repenser la ville existante
L’urbanisme circulaire transpose les principes de l’économie circulaire à la fabrique de la ville. Face à un urbanisme “linéaire” qui consomme des espaces agricoles, construit du neuf standardisé et accumule des friches (3 millions de logements vacants et 9 millions de m² de bureaux vides en France), Sylvain Grisot propose une inversion radicale des priorités.
Les 4 boucles de l’urbanisme circulaire :
- Intensifier les usages : une cantine scolaire vide les après-midi et week-ends peut devenir salle de spectacle ou espace de coworking
- Transformer le bâti : éviter la démolition pour préserver le capital carbone des bâtiments existants
- Recycler les friches : construire dans les périmètres déjà urbanisés plutôt que d’étaler la ville
- Renaturer : rendre certains espaces urbanisés à des usages naturels pour la résilience climatique
“80% de la ville de 2050 est déjà là” cette punchline nous rappelle que contrairement aux voitures, les bâtiments construits aujourd’hui seront encore là en 2050.
Nature en ville : 70% du potentiel est dans le privé
“Les arbres qui nous feront de l’ombre en 2050, c’est maintenant qu’il faut les planter”. Sylvain Grisot démonte l’opposition entre densification et végétalisation, pointant “l’éléphant dans la pièce” : la place de la voiture et des infrastructures.
En ce qui concerne la répartition du potentiel de végétalisation (étude métropole de Lyon) : 10% est dans l’espace public (les rues), 20% dans le domaine public (cours d’écoles, préfectures) et 70% dans le domaine privé (jardins, copropriétés, entreprises).
Chaque transformation d’espace public devrait être “l’occasion d’une vraie révolution” : re-questionner la répartition des espaces, faire passer la mobilité douce, massifier le végétal et “globalement virer le parking de surface”.
Le défi temporel est double : les rues se renouvellent tous les 30-50 ans, et une fois plantés, les arbres ont besoin de temps pour pousser.
Sylvain questionne également nos pratiques actuelles sans réellement forcer le trait : enlever le sol existant pour le mettre en décharge, ramener de la terre végétale (sous-produit de l’étalement urbain), et se rendre en avion, pour choisir un arbre venu d’Italie ou d’Allemagne, et le planter pour faire la nature en ville
Un changement d’état d’esprit depuis 2020
“L’état d’esprit a changé, on n’en est plus à la question de la prise de conscience”. La loi Climat-Résilience de 2020 sur le Zéro Artificialisation Nette a popularisé le débat sur la consommation d’espaces agricoles et l’a imposé dans les conseils municipaux et le développement économique.
Cette génération d’élus entrée en fonction en 2020 “a découvert ça dans bien des cas” : un bouleversement du cadre législatif qui “est progressivement rentré dans le quotidien des élus locaux et des professionnels”. Malgré les controverses, Sylvain Grisot pense qu’il n’y aura sans doute pas de retour en arrière car sur le terrain l’état d’esprit a changé.
Si Sylvain devait republier une tribune en mars 2026 (avant les municipales), son message serait clair : “La façon dont on fait nos villes doit être au cœur du débat”. Pourquoi ? Parce que cela détermine “notre mobilité, nos émissions carbone, nos consommations de matières, la qualité de l’espace public. En quelques mots tout est là et cela a sans doute plus d’intérêt à être au cœur des débats que les questions de sécurité ou d’immigration”.
Aujourd’hui, Sylvain se concentre sur la formation des professionnels, la recherche (thèse sur le ZAN), et la Fabrique des transitions urbaines, une association sans but lucratif dont l’objectif est d’accélérer les transitions de la fabrique de la ville.
Nous avons parlé de :
- Christine Lecomte – Co-auteure avec Sylvain du livre Réparons la ville.
- Sabine Barles – Grand Prix de l’Urbanisme 2025, mentionnée en fin d’épisode pour une cérémonie à venir
- Institut de la transition foncière – Créé après la loi Climat-Résilience
- Loi Climat-Résilience (2020) et Zéro Artificialisation Nette (ZAN)
- Loi SRU (2000) – Solidarité et Renouvellement Urbain





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