L’arbre est au coeur de notre qualité de vie
Pourquoi valoriser les arbres urbains ?
Dans un contexte d’effondrement de la biodiversité, le rôle des arbres en ville est de plus en plus considéré à sa juste valeur. Élément fondamental du patrimoine paysager, l’arbre participe également à la qualité de vie et à la régulation du climat. Les enjeux environnementaux et urbains trouvent une partie des solutions dans la place que l’on fait aux géants immobiles.
Cependant, les arbres sont encore trop invisibles dans les comptes publics ou privés, sous-évalués, fragiles face aux travaux ou à l’aménagement. Pire, ils sont souvent traités comme du mobilier urbain, en plein milieu d’un sol artificialisé. L’intérêt d’un outil d’évaluation a donc toute sa place pour sensibiliser, protéger, compenser les dégâts et reconnaître la valeur des arbres. Un bon début…
Lire l’article ⮕ Le sol et les villes : vers une réconciliation pour le vivant

Et d’ailleurs, quels sont réellement les bienfaits des arbres en ville ?
Selon l’infographie de 2025 du Centre d’Essais Horticoles de Wallonie (CEHW), on sous-estime clairement tous les atouts des arbres en milieu urbain. Outre l’amélioration de la qualité de l’air, l’effet climatiseur ou l’impact positif sur la santé mentale, les arbres peuvent aussi réduire le bruit jusqu’à 40% et réduire les îlots de chaleur urbains de 2 à 8°C. En période de canicule, la température peut grimper jusqu’à 67°C sur une route en béton, alors que sur une pelouse et à l’ombre d’un arbre, elle chute à 31°C, soit une différence de plus de 35° !
De fait, l’importance du sol est tout aussi remarquable. Là où 55% du ruissellement des pluies s’accumulent dans une ville totalement bétonnée, seulement 10% sont comptabilisés sur un sol vivant avec des arbres. Ce dernier, lorsqu’il ne fait pas l’objet d’une imperméabilisation, se transforme en une formidable éponge, surtout avec les réseaux racinaires qui font de la rétention. L’évapotranspiration enregistre quant à elle 10% de plus en présence des arbres.

Valoriser l’arbre, nous avons testé Le Barème de l’arbre !
Mission et principes du Barème de l’arbre
Le Barème de l’arbre est une initiative collective de 5 structures environnementales. En 2016, la réflexion commence avec Copalme, association d’arboristes élagueurs grimpeurs, et CAUE 77, Conseil d’Architecture d’Urbanisme et de l’Environnement de Seine-et-Marne. Un troisième partenaire les rejoint en suivant : il s’agit de Plante & Cité, centre technique national sur les espaces verts et la nature en ville.
Ce projet a bénéficié du co-financements de Val’Hor, interprofession française de l’horticulture, de la fleuristerie et du paysage, et de l’association Sequoia, cercle de qualité de l’arboriculture ornemental.
Ecouter le podcast ⮕ Plante & Cité : le plus grand centre de ressources Nature en ville

Concrètement, une application a été créée via le site https://www.baremedelarbre.fr/ où tout le monde peut créer un compte en ligne. Le dashboard personnel permet d’établir une valeur monétaire de l’arbre (VIE) et une évaluation des dégâts (BED) au sein d’un cadre partagé, transparent et scientifique. L’objectif est de protéger les arbres de façon préventive (dans le cadre d’un futur projet) et répressive (pour limiter les désagréments).
Pour les particuliers, la plateforme préconise à juste titre, d’être accompagné par des professionnels (experts forestiers, arboristes, entreprises du paysage). En effet, la technique scientifique de mesure des arbres est complexe si l’on souhaite une évaluation réelle et précise.
Fonctionnalités clés de l’outil
Evaluer la valeur d’un arbre (VIE)
Avant de se lancer dans la valorisation, il faut bien évidemment rassembler tous les documents nécessaires. La littérature de reconnaissance avec les clés de détermination permettra de faire la reconnaissance botanique de l’arbre, les outils de mesure donneront la circonférence du tronc, le diamètre du houppier, la hauteur. Si des rapports de diagnostic existent (sanitaire et mécanique), ils seront également bien utiles. Enfin, il faut s’armer d’un appareil photo et d’un carnet pour prendre des notes.

Le marronnier du village de Nébias dans l’Aude : 10 930€*
Nous avons testé le Baromètre (VIE) au sein d’un petit village de l’Aude (Nébias 11500) où trône un magnifique marronnier d’Inde dans un ancien jardin médicinale. Cet arbre connait une floraison spectaculaire et ses atouts pour la biodiversité ne sont plus à prouver.
Nous avons donc mesurer la circonférence du tronc (210cm), le diamètre du houppier (8m) et la hauteur totale (10m). Nous avons aussi renseigné des valeurs qualitatives : son état général, son rôle au sein du village, ses charges d’entretien, ses désagréments pour les maisons voisines, son caractère remarquable… *(Estimation non exhaustive sans l’utilisation de la dendrométrie)


Evaluer les dégâts (BED)
Si le marronnier de Nébias connait un jour une altération, le Barème de l’arbre permet aussi d’évaluer le montant des dégâts causés. Il s’agit du second volet proposé par la plateforme. Comme pour la valorisation précédente, il faut préparer le nécessaire de mesure, un appareil photo, de quoi dessiner les dégâts et prendre des notes.
L’arbre doit avoir une valorisation monétaire (VIE) de moins d’1 an et les dégâts doivent être évalués dans les 6 mois. Selon la notice BED, les photos avec incrustation de la date sont des preuves particulièrement importantes. Idem pour le constat d’un expert, accompagné ou non d’un huissier.
Consulter les ressources
Le troisième volet du Barème de l’arbre est un vivier de documentations très enrichissantes :
- Checklist des éléments à rassembler pour faire les relevés sur le terrain
- FAQ de type notice d’utilisation du Barème de l’arbre : Quelles sont les compétences requises en matière de botanique, l’évaluation VIE est-elle nécessaire pour l’évaluation BED, faut-il être assermenté pour utiliser le Barème de l’arbre, d’où vient la formule de calcul de VIE, etc.
- Fiche “Mesurer les arbres” avec différents outils et méthodes de mesure jusqu’à la croix du bûcheron, modèle de dendromètre rudimentaire mais très simple et efficace
- Notices VIE et BED pour bien comprendre les termes du Baromètre
- Fiches terrain de l’application en version PDF
- Référentiels avec les auteurs, les testeurs, les enjeux et méthodes de calcul
- Modèle de délibération de l’adoption du Barème et quelques exemples de délibérations signées par des collectivités publiques

Acteurs de l’urbanisme : à vos Arbres, prêts, partez !
À qui s’adresse le Barème de l’arbre ?
Le Barème de l’arbre s’adresse à 5 types d’usagers : les collectivités, les bureaux d’études, les professionnels du paysage, les experts judiciaires et les assureurs, les particuliers et les associations.
- Pour les collectivités (villes, communes, intercommunalités), la valorisation de l’arbre exprimée en euros permet la gestion et la protection du patrimoine arboré.
- Concernant les bureaux d’études (urbanistes, paysagistes, architectes), le Baromètre participe à l’anticipation des impacts des projets, la planification et l’étude des aménagements.
- Les professionnels du paysage (arboristes, jardiniers) étoffent leurs outils avec un instrument d’évaluation, de suivi, de valorisation des interventions.
- Au niveau des experts judiciaires et des assureurs, une donnée supplémentaire agrémente l’estimation des préjudices en cas de dégâts, véritable base objective pour les litiges.
- Enfin, pour les particuliers, les associations et les propriétaires privés, le Baromètre sert à la valorisation d’arbres d’ornement, la justification en cas de travaux, la sensibilisation.

Valeurs ajoutées de l’utilisation du Barème
Les bénéfices de l’utilisation de cet outil jouent véritablement en faveur des géants immobiles. De la sensibilisation de tous les acteurs de l’urbanisme à la politique locale de l’arbre, les trottoirs n’ont qu’à bien se tenir !
- Donner à l’arbre une valeur économique pour faire entendre son poids dans les projets urbains ou privés, un argument concret face à des projets de construction ou de réaménagement.
- Permettre une protection préventive avec l’identification des zones à préserver, l’évitement de dommages involontaires, l’anticipation de la pression de l’urbanisme.
- Faciliter la réparation en cas de dégradation en évaluant objectivement les préjudices, base pour un dédommagement ou une action juridique.
- Sensibiliser les élus, décideurs, citoyens, professionnels sur l’importance des arbres et sur leur valeur réelle, ce qui peut aider à orienter la politique locale de l’arbre.
- Constituer un outil de suivi du patrimoine arboré, avec la constitution d’un historique et des archives sur la gestion et l’évaluation des arbres.

Contraindre au respect et éduquer les foules
Enjeux pour la gestion urbaine
Pourquoi est-il important que les politiques locales suivent l’exemple et adoptent le Baromètre ?
- Face à l’urbanisation croissante, la densification, la raréfaction des espaces verts : l’arbre urbain (re)devient un atout majeur à protéger intelligemment.
- La crise climatique, les îlots de chaleur, l’effondrement de la biodiversité, la mauvaise qualité de l’air : les arbres s’imposent comme des “infrastructures naturelles” au service de notre qualité de vie. Les reconnaître économiquement peut donc aider à mieux les préserver.
- Dans les décisions d’aménagements, le Barème est un outil partagé, scientifique et reconnu, permettant d’éviter des projets arbitraires.
- Au niveau de la sensibilisation des citoyens : prendre conscience qu’un arbre a une valeur tangible peut changer le regard et faire émerger un véritable respect du patrimoine arboré.

Exemples d’usages concrets : Orléans
En février 2021, la commune d’Orléans signait une délibération donnant approbation pour l’utilisation de ce nouveau Barème de l’arbre au sein de l’espace public. Avec une estimation de 8 à 9 000 arbres et une vie en ville soumise à rude épreuve, ils étaient considérés comme les grands oubliés des travaux publics (Article 2021, Le Courrier des maires). Ayant conscience des risques liés à l’urbanisme sur la bonne santé des arbres, et surtout faisant le constat que les poteaux électriques étaient davantage respectés, les élus ont donc fait le choix de sévir.
Désormais, si un chantier ou un citoyen dégrade significativement un arbre orléanais, cela pourrait lui couter très cher ! Et face aux services judiciaires de la ville, armés du Barème, l’inconsidération est punie à hauteur de la valeur de l’arbre dégradé. Pour illustrer les ordres de grandeur, l’if deux fois centenaires proche de la mairie d’Orléans a été évalué à plus de 88 000€ (Article 2021 de France Bleue). Les platanes du boulevard quant à eux, représentent une valeur de 10 000€ chacun.

Le Barème de l’arbre retravaillé par les Hauts-de-Seine
Le département des Hauts-de-Seine a récemment publié son Guide de l’arbre, un document de référence qui structure la gestion, la protection et la valorisation des arbres sur l’ensemble du territoire altoséquanais. Ce guide, adopté en février 2025, inclut un barème de valeur des arbres conçu pour estimer et indemniser les dommages causés aux sujets arborés.
Avec l’adoption de ce guide, le département confirme son engagement de long terme pour une politique verte ambitieuse. Entre 2026 et 2030, les objectifs sont claires : la plantation de 30 000 nouveaux arbres et le recensement des arbres remarquables dans un inventaire dédié. Chaque habitant doit pouvoir accéder à un espace vert à moins de 15 minutes à pied ! Enfin, pour l’entretien et la protection des racines lors des travaux d’urbanisme, les 30 000 arbres de la voirie, les 4 000 arbres des collèges et les 620 hectares de parcs départementaux se voient protéger par des règles renforcées.

Notre sentiment après le test du VIE du Barème
Nous saluons tout d’abord la qualité ergonomique de la plateforme du Barème de l’arbre. En effet, le parcours d’utilisation jusqu’à la génération du rapport final est tout à fait ludique et intuitif. Chaque élément à renseigner est accompagné d’un texte explicatif, très utile pour rappeler quelques définitions. Enfin, la satisfaction fut grande d’obtenir un beau chiffre sur la valeur approximative de notre marronnier, comme une petite victoire !
Néanmoins, même si une partie des questions portent sur l’arbre et son territoire, comme le rôle plus ou moins important qu’il détient au sein du paysage, nous pensons qu’il manque un indicateur sur l’image perçue des habitants. Si l’arbre est au coeur du village depuis 200 ans, la charge affective et historique peut valoir le coup d’être valorisée. Idem pour toutes les plantes mellifères qui poussent autour du géant et qui bénéficient de ses immunités par les voies racinaires.
Bibliographie :
- Le Barème de l’arbre
- Infographie des bienfaits de l’arbre en ville
- La charte de l’arbre d’Orléans
- Les Guides de l’arbre des Hauts-de-Seine
Pour aller plus loin :
- L’outil Sésame, 400 arbres étudiés pour la renaturation urbaine :




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