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L’agriculture urbaine est souvent réduite à des images de potagers sur les toits ou à des start-up high-tech qui ont fait la une des journaux avant de s’effondrer. La réalité est bien plus riche, plus diverse et surtout plus ancrée dans le quotidien des habitants.
Dans cet épisode, nous avons le plaisir de recevoir Romain Guitet, chargé de mission au sein de l’AFAUP Association Française d’Agriculture Urbaine Professionnelle. L’AFAUP, dont la mission est de “faire de l’agriculture urbaine un levier incontournable pour rendre les villes durables, fertiles et solidaires”, compte aujourd’hui plus de 4 500 lieux recensés partout en France. Romain y œuvre depuis cinq ans au développement et à la reconnaissance de ce secteur.
Une agriculture qui dépasse la production
Quand on parle d’agriculture urbaine, on imagine souvent des salades et des tomates. Mais la réalité du terrain est tout autre.
Romain l’affirme clairement :
L’agriculture urbaine, bien sûr qu’il y a une dimension productive, mais il y a aussi une dimension pédagogique, sociale, paysagère, écologique, toutes ces vocations doivent être prises en compte.
L’AFAUP distingue quatre grandes familles de professionnels : les producteurs, les producteurs-animateurs, les animateurs et les bureaux d’études et conseil. Chacun porte un modèle économique différent, avec ses contraintes et ses réussites.
4 500 lieux en France
L’AFAUP dispose aujourd’hui d’un outil de référence : l’Observatoire de l’Agriculture Urbaine, qui recense plus de 4 500 lieux en France. Un chiffre qui révèle l’ampleur d’un mouvement souvent sous-estimé.
La grande majorité de ces lieux, 80%sont des jardins et potagers collectifs : jardins partagés, familiaux, thérapeutiques ou ouvriers. Des espaces citoyens où l’on cultive autant le lien social que les légumes. Les 20% restants sont des structures professionnelles à modèle marchand, avec des salariés, un chiffre d’affaires et une modèle économique à assumer au quotidien.
Pour les porteurs de projet qui envisagent un modèle productif viable, Romain pose un seuil clair : en dessous de 5 000 m², la viabilité économique devient difficile à atteindre. Dans les faits, les fermes urbaines et périurbaines recensées tournent en moyenne autour d’un hectare de surface cultivée, un repère pour calibrer ses ambitions dès le départ.
Le foncier : nerf de la guerre
Romain est direct : obtenir du foncier en ville pour y développer un projet agricole relève déjà d’un acte politique fort. Mais même lorsque la parcelle existe, les conditions d’occupation restent précaires.
Des baux de six ans, parfois moins, ne laissent tout simplement pas le temps à un projet de trouver son équilibre. Une année pour les autorisations, les travaux, le raccordement à l’eau… et c’est déjà un tiers du bail qui s’envole avant même d’avoir semé la première graine.
L’agriculture urbaine obéit aux lois du vivant : un écosystème productif se construit lentement, par saisons, par apprentissages successifs. Exiger d’un agriculteur urbain qu’il soit économiquement autonome en trois ans, c’est ignorer cette réalité fondamentale.
L’AFAUP milite pour des baux plus longs, seuls garants d’une agriculture urbaine véritablement durable, et pour une volonté politique claire d’allouer du foncier urbain à ces projets qui transforment nos quartiers.
Plus on sera nombreux, plus on sera audibles, plus notre voix pèsera dans le débat public — et plus la situation des agriculteurs urbains sera entendue et soutenue. »
Les leçons des échecs des start-ups
AgriCool, Agripolis… Ces noms ont brillé avant de s’éteindre. Romain tire une leçon d’humilité collective : voir trop grand, investir trop lourd, sans être capable d’écouler sa marchandise à un prix accessible, c’est la combinaison fatale qui a eu raison de ces modèles innovants.
Ces échecs ont aussi biaisé la perception du secteur, en réduisant l’agriculture urbaine à sa dimension productive et technologique. Or 90% des projets en France fonctionnent en pleine terre ou en bac loin des serres verticales climatisées.
Mais Romain prend soin d’apporter une nuance importante : il n’est pas là pour distribuer bons et mauvais points. L’AFAUP ne juge pas les modèles, elle les accompagne. Méga-fermes, jardins partagés, fermes pédagogiques, bureaux d’études… tous ont leur place au sein de l’association.
Ce qui compte, c’est d’entrer dans l’aventure avec lucidité sur les risques, les coûts et la réalité du marché.

Des projets inspirants partout en France
Romain nous a partagé quelques adresses incontournables :
- Terre de Mars : Marseille (vente au marché du Vieux-Port, traiteur)
- La Ferme du Roi d’Espagne : au pied des Calanques, ferme pédagogique
- Le Talu : quartiers nord de Marseille, tiers-lieu nourricier
- La Ferme Java & La Ferme des Dervalières : Nantes (avec volet insertion)
- Le Potager des Ducs : Dijon
- La Ferme du Pré : Rennes
Pour explorer la carte complète : observatoire-agriculture-urbaine.org
Nous avons parlé de :
- Pierre Rabhi : figure de l’agroécologie,
- Jean-Martin Fortier : Maraîcher québécois, référence du micro-maraîchage intensif, dit « la méthode Fortier »
- Le film « Demain » réalisé par Cyril Dion et Mélanie Laurent,
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