À mesure que les canicules s’intensifient, la question du végétal change radicalement de statut. Il ne s’agit plus seulement d’embellir les villes, mais de savoir quelles plantes, quels arbres et quels paysages seront encore capables de résister à des étés à +40°C. Dépérissement des forêts, brûlures sur les feuillages, sécheresses répétées : partout en France, les effets du changement climatique deviennent visibles.

Face à cette nouvelle réalité, collectivités, chercheurs, paysagistes et habitants cherchent désormais à construire des palettes végétales plus résilientes : essences méditerranéennes, végétaux endémiques, espèces locales. Ces enjeux seront d’ailleurs largement abordés lors du Salon du Végétal, dont Daily Green sera partenaire média, à travers démonstrations, guides et outils consacrés à la végétalisation des villes face aux futures canicules.

La canicule : brûlures et mortalité sur nos arbres

Selon l’Office national des forêts (ONF), les sécheresses répétées ont déjà provoqué d’importants phénomènes de dépérissement dans plusieurs régions françaises. En 2019, près de 300 000 hectares de forêts publiques (30 fois la superficie de Paris) présentaient des signes de mortalité ou de fragilisation liés au manque d’eau, avec des taux de mortalité parfois multipliés par deux ou trois selon les essences.

Les régions méditerranéennes figurent parmi les territoires les plus exposés, notamment pour les pins, les chênes ou les sapins déjà affaiblis par les canicules successives.

La dernière canicule de 2025 a montré de façon très visible l’ampleur du phénomène. En Occitanie, plusieurs forêts présentaient dès le mois d’août des couleurs automnales inhabituelles : feuilles jaunies, branches desséchées et pertes précoces du feuillage.

Des forestiers évoquent désormais des arbres “en stress permanent”, fragilisés par l’enchaînement des sécheresses et des vagues de chaleur. À Toulouse et dans plusieurs secteurs de Haute-Garonne, certains feuillus avaient même des signes de brûlures liés aux températures extrêmes.

La forêt de Bagnères-de-Luchon (31) fragilisée par la canicule, 19/08/25 ©AFP/HANS LUCAS (France Info)

La recherche : un retour aux espèces endémiques

La recherche s’intéresse également de plus en plus aux espèces endémiques et aux végétaux naturellement adaptés aux climats arides. Une vaste étude internationale coordonnée par l’INRAE, le CNRS et plusieurs universités a récemment montré que les plantes des zones arides développent une diversité

Certaines renforcent leurs tissus grâce au calcium pour limiter la dessiccation, d’autres augmentent leur concentration en sel pour réduire la transpiration ou développent des systèmes racinaires capables d’aller chercher l’eau en profondeur.

Contrairement à une idée répandue, les milieux très secs ne produisent pas une uniformisation du vivant. Les chercheurs observent au contraire une diversité fonctionnelle exceptionnelle lorsque les précipitations deviennent très faibles.

Cette découverte pousse aujourd’hui les professionnels du paysage à reconsidérer les végétaux méditerranéens, pionniers ou endémiques comme des ressources précieuses pour imaginer les villes capables de résister aux futurs stress climatiques.

Les mélanges végétaux diversifiés reviennent ainsi au centre des débats. Mélanger plusieurs types de végétaux : arbres, arbustes, couvre-sols, espèces mellifères ou pionnières, permet de rendre les aménagements plus résistants aux sécheresses, aux maladies et aux canicules répétées.

À l’inverse, les monocultures urbaines apparaissent de plus en plus vulnérables face aux aléas climatiques.

En Nouvelle-Aquitaine, des organismes spécialisés comme l’Observatoire de la biodiversité végétale (OBV) recommandent désormais de construire les palettes végétales à partir des réalités écologiques locales.

Dans des ressources consacrées à la végétalisation écologique et paysagère comme le Guide 2018 pour l’utilisation d’arbres, arbustes et herbacées d’origine locale l’Observatoire défend l’utilisation d’espèces indigènes déjà adaptées aux sols, au climat et aux pollinisateurs du territoire : le chêne pédonculé, le charme commun, le cornouiller sanguin, le fusain d’Europe, le prunellier, l’aubépine monogyne, le noisetier ou encore le sureau noir.

L’objectif : éviter des plantations standardisées parfois mal adaptées aux futures conditions climatiques et limiter les risques liés aux espèces exotiques envahissantes.

Le fusain d’Europe, également “arbuste à dessin” est originaire du centre de l’Espagne jusqu’à la Volga, au Moyen-Orient, dans le Caucase, Photo : Gerbeaud

Repenser la palette végétale face aux canicules

Dans les projets d’aménagement urbain, le choix des espèces devient un sujet de long terme. Sécheresse, sols pauvres, chaleur réfléchie par les façades, manque d’eau, vents chauds : les contraintes s’accumulent pour les végétaux. La question n’est plus seulement de planter, mais de sélectionner des espèces capables de tenir.

Certaines collectivités commencent ainsi à revoir entièrement leur palette végétale. Le retour des essences méditerranéennes, longtemps marginalisées dans certaines régions, s’accélère. Des espèces plus sobres en eau ou plus résistantes au stress thermique sont désormais privilégiées.

Le micocoulier, le mûrier platane, l’amandier, le grenadier ou encore certains chênes méditerranéens réapparaissent progressivement. Mais le sujet ne concerne pas uniquement les arbres. Arbustes, couvre-sols, plantes pionnières ou espèces mellifères jouent aussi un rôle essentiel dans la résilience urbaine.

Ces questions seront largement abordées lors du Salon du Végétal. Plusieurs temps forts seront consacrés aux plantations en milieux contraints, avec notamment un guide dédié à la plantation urbaine ainsi que des master class autour des palettes végétales adaptées au changement climatique.

Un jardin de démonstration sera visible sur l’espace baptisé “Cœur Végétal”. Il permettra également d’observer concrètement des choix d’essences et des solutions d’aménagement pensées pour résister aux fortes chaleurs et aux contraintes urbaines.

Le “Cœur Végétal”, un espace central et structurant du Salon du Végétal, 2024

Les outils pour choisir les bonnes espèces

Sésame du CEREMA

D’autres outils plus récents poursuivent aujourd’hui cette logique à une échelle locale. C’est notamment le cas de Sésame, développé par le CEREMA, qui aide les collectivités et les aménageurs à choisir “le bon arbre au bon endroit”.

L’outil permet de sélectionner des essences selon les caractéristiques du territoire, les contraintes urbaines et les services écologiques recherchés : création d’ombrage, rafraîchissement urbain, accueil de la biodiversité, limitation du ruissellement ou encore résistance à la sécheresse.

L’utilisateur renseigne les besoins de son projet et Sésame propose ensuite une palette d’espèces adaptées parmi 400 arbres, arbustes et plantes grimpantes étudiés selon leurs capacités d’adaptation au changement climatique.

Le Guide “Plantons local” de l’ARB Occitanie

En Occitanie, l’Agence Régionale de la Biodiversité (ARB) développe également des outils très opérationnels pour adapter les plantations au climat, au sol et aux pollinisateurs locaux.

Le guide Plantons local en Occitanie recense plus de 600 espèces de végétaux sauvages locaux classées selon quatre grandes aires biogéographiques régionales. Il propose aussi des fascicules pratiques sur les plantes grimpantes, les noues, les fossés, les prairies ou encore les talus et pentes afin de favoriser des aménagements plus résilients face aux canicules, à la sécheresse et aux îlots de chaleur urbains.

Un moteur de recherche permet de renseigner sa propre zone géographique afin d’accéder aux essences et de télécharger un fichier excel avec de nombreuses indications : nom scientifique, besoins en eau, lumière, température, PH du sol, périodes de floraison, intérêt pollinisateurs, toxicité, valeur endémique.

Le label Végétal local de l’OFB

Le label Végétal local, porté par l’Office français de la biodiversité (OFB), vise quant à lui à garantir l’origine sauvage et locale des végétaux utilisés dans les projets de plantation.

L’idée est simple : des plantes issues du même territoire pour garantir la traçabilité génétique des végétaux à travers 23 régions biogéographiques françaises et des espèces indigènes collectées directement en milieu naturel.

Un moteur de recherche est également accessible pour identifier des pépiniéristes et fournisseurs proposant des végétaux sauvages d’origine locale labellisés partout en France. Par région, des contacts issus des conservatoires ou spécialisés dans les haies sont renseignés.

Pour conclure, derrière le choix d’un végétal se cache finalement une question beaucoup plus large : comment réapprendre à habiter un territoire en tenant compte de ses limites écologiques ?

Sols, eau, climat, pollinisateurs, espèces locales… la végétalisation des villes oblige aujourd’hui à observer de nouveau les écosystèmes avant de planter.

Un principe que la permaculture défend depuis longtemps : avant de transformer un lieu, il faut d’abord le comprendre. Observer son environnement, connaître les dynamiques du vivant, identifier les espèces déjà adaptées au territoire.

À l’heure des villes à +40°C, cette approche longtemps considérée comme marginale pourrait bien devenir une nécessité.

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